Conversation with Walid, choreographer and dancer

JOURNEY INTO Walid Bouhmani’ S  WAY OF LIFE.

« On est jeudi, Il est quelque chose comme 7pm, moi et Nath allons rencontrer Walid dans un petit spot situé non loin de la Gare de l’Est, Paris.»

-Bonjour Walid,
-Salut Shost
-Bonjour…
-C’est Nathalie….
-enchantée…

 Walid:enchanté.

-Tu fais quoi dans la vie?

Walid: Je danse, je collabore avec des gens qui travaillent dans des théâtres, pour des événements partout dans le monde, des workshops… Dans ce millieu, c’est les montagnes russes. Tous les gens avec qui je bosse, on évolue dans un secteur différent, on ne fonctionne pas avec une association, c’est une ambiance clandestine. Des fois, c’est chaud. Mais ça  reste une passion.

Q.Shost: 93-94… c’est la que j’ai pris connaissance de ce qu’il y avait

Walid : Oui, il n’y avait rien d’autre dans notre vie, c’était la branche la plus solide, c’était un tout, les gens qui dansaient n’étaient pas dissociés de ceux qui kiffaient, et de ce qui se passait autour de nous, ça faisait Un

Walid: La danse, c’est une façon géniale d’équilibrer avec la tête, l’esprit et le corps…(à Nath) Comment es-tu revenu au corps?

Nath: J’ai fait un stage de danse contemporaine en octobre dernier à Canaldanse (je lui montre un flyer, y est référencé la Cie Montalvo-Hervieu)

Walid: La Cie Montalvo, j’ai travaillé avec eux, on était les premiers danseurs hip hop à collaborer avec eux en 1996. C’était encore une association, avant que cela devienne le centre chorégraphique du Val de Marne et tout ça, le Palais de Chaillot…

Q.Shost: J’aimerais que tu me rappelles tes premières approches de la danse ?

Walid:  c’était clubbing…c’était les bandes, on allait sur les Champs pour faire des perfs. Ma première approche, c’était avec ceux qui faisaient des grafittis et qui dansaient. Fin des années 80 et début 90 jusqu’à 96-97, les après-midis, ça dansait, chacun y amenait son style de danse: la hype aux US, qu’on appelle hip hop – c’est tribal c’est groove c’est fonky.

Q.Shost: (Rappel à une anecdote) Je me souviens que tu m’avais dit à l’époque : “Quand je danse, c’est…la musique, c’est comme un vent qui souffle sur mon corps, je suis comme un élastique”

Walid: Oui. Et la danse, c’est bien pour la décharge, je ne connais rien de mieux, c’est direct!

Q.Shost: Un souvenir… Une des dernières soirées où je t’avais vu, c’était aux Roses, pour la nouvelle année, c’était trop packed!

Walid: Ah oui, quand on a fait un show avec les O’Posse! Jm’en rappelle

Q.Shost: On m’avait déjà dit à l’époque que tu avais atteint le niveau professionnel. Dans ce domaine, tu as toujours exploré. Maintenant, c’est au niveau scientifique, tu as toujours poussé plus loin que ce que l’on voit

Nath: Tu es plus dans l’improvisation ou dans la création de spectacles ?

Walid : Les deux.

Avant, ce que j’aimais, c’était collaboré, être derrière, assistant; ce qui me permettait d’avoir un regard extérieur, parce que je ne me considérais pas comme chorégraphe. Dès qu’il y avait la responsabilité, je fuyais… Mais il n’y a pas longtemps, je me suis plus confronté. C’est entre les deux, on essaie de rester libre, chacun a ses codes, pousse dans des disciplines. Et c’est à partir d’un état d’esprit qu’on développe notre écriture, une gestuelle… qu’est-ce qu’elle nous inspire, comment on peut l’habiller scéniquement et voyager à travers différents états. C’est embryonnaire pour moi la mise en scène. Ca n’existe pas vraiment, même si cela fait des années que je danse…

Il y a aussi la danse urbaine, tu en as entendu parler ? c’est Kafig, Acrorap, Farid Berki… C’est un mélange contemporain et hip hop. On a des petites histoires, on essaie d’avoir un fil conducteur pour plugger une danse sur un format d’une heure 50 minutes pour que ça puisse répondre à la demande du théâtre… J’ai un pied dedans, mais cela ne m’a jamais vraiment satisfait cette espèce de cloison.

Q.Shost: C’est ce que je te reproche un peu, de ne pas avoir pousser plus là dedans…

Walid : On ne voulait pas que ces gens nous donnent des directives, comme : “Faites des portées, pourquoi vous ne faites pas de portées dans votre spectacle?”

Q.Shost: Avec cette anecdote, on est en 96, avec Quintessence…Il n’est jamais tard, chaque jour est parcouru tel qu’il est. Il y a une perspective, ce que je te reproche un peu, c’est au sujet de l’initiative… Te mettre en autarcie, dans une perspective de chorégraphe, même quand tu avais 20 ans, tu aurais pu…

Walid: On était fou à cette époque, on n’était pas sur Terre!

Q.Shost: Tu n’es plus danseur, tu es chorégraphe!

Walid: Oui, mais ce qui nous intéressait, c’était l’aventure. Faut savoir qu’il y a eu une révolution mondiale dans cette culture là, 25 ans après sa naissance, fin des années 90, quand il y a eu un reset du vocabulaire, c’était incroyable et il y en a beaucoup qui ont loupé le coche. Pour moi, c’était immanquable. Si je n’avais pas été dans la démarche dans laquelle j’étais, je ne me serais jamais renouvelé et rattaché à mes pères. Aujourd’hui, ça m’intéresse la mise en scène. Depuis quelques années, je suis dans la réflexion, mais à l’époque, cela n’aurait pas été possible! On était dans le moment et rien d’autre ne comptait. On est tous content d’avoir été là, c’était encore une période innocente, fougueuse…

Q.Shost: Et à l’époque, comment cela se passait quand tu allais faire des performances le dimanche matin chez Jacques Martin ?

Walid: C’était le monde des Bisounours! On faisait des chorégraphies, c’était ludique. Il y avait David et Régis, on était jeune et on gagnait de l’argent. C’était sympa. Les 80ies/90ies et début des années 2000, il y avait ce côté sauvage où tu pouvais voir encore cette culture dans certains endroits se diffuser. A l’époque, c’était des rebeu, des renois. On a baigné dedans, on ne s’appuyait sur rien de verbal. Maintenant, cela s’est accadémisé. C’est comme pour la salsa et la capoeira. En terme de reconnaissance: tu veux faire du tennis, de la salsa ou… de la danse Hip Hop !  Je ne dis ça avec aucun regret, c’est dans les moeurs.

Q.Shost: En 2006, à Union Square, je rencontre des gars qui font une performance, ils me demandent d’où je viens (France) et : “Tu connais Walid?”, “Bien sûr que je le connais!”… Tu es encore passé par là ! Ce qui est intéressant, c’est cette notion d’Espace/Temps. Je suis à un endroit, et quelques temps avant tu es passé par là.

Walid: Oui, les points de repère

Q.Shost: Sur une superficie assez dense, tu croises des gens qui ont rencontré quelqu’un que tu connais, c’est fort… (Pause) Raconte-moi un peu Les O’Posse, c’est toi qui avait monté ça?

Walid: Non, personne n’avait monté ça, on s’est tous rencontré, à l’époque où j’étais avec les bandes, les “zones transitoires”, j’avais rencontré Ange et Scorpion, et c’est comme ça qu’on a rencontré le graffiti et la danse. Tu sais comment ça se passait, il y avait des affinités, on se rencontrait, on était au Burger King, on galérait, c’était une famille. Toutes nos carences affectives, on les comblait en étant ensemble, on était comme des frères.

Q.Shost: Paris et le mouvement Hip Hop…

Walid: Nulle part ailleurs en Europe, cela a pris comme Paris. Paris est considérée comme la 2e capitale de la Zulu Nation dans le monde. Pour les minorités, c’était considéré comme la ville la plus accessible. Dans les années 80, c’était Londres, et Paris. Après il y avait l’Allemagne, et l’Italie.

Q.Shost: Tu es allé là-bas?

Walid: Oui, je suis allé à Rome, Trieste, Rimini… Je restais un week-end ou une semaine, j’avais des concours, des démo.

Nath: Tu pars seul à chaque fois ?

Walid: Ca dépend. Les plus sollicités aujourd’hui, ce sont les japonais, les américains et les français. Tu retrouves 2, 3 d’Osaka/Tokyo, ou 2,3 de Paris/Lyon, et de New-York/L.A. C’est ça la plaque tournante. On est comme des ambassadeurs, on représente des disciplines dans le monde entier. C’est marrant ce sentiment de liberté, quand tu sens que tu n’as pas besoin de courber l’échine face aux institutions.

Quand on était jeunes et que l’on a vécu cette première exposition, on n’était pas prêt, on ne savait pas où on mettait les pieds, on était sollicité, les théâtres nous faisaient collaborer avec des danseurs contemporains, le premier, c’était Doug Elkins. Le concept a démarré au Théâtre de Suresnes, le festival “Suresnes Cités Danse”, en 1993, et c’était avec les O’Posse et Doug Elkins, un chorégraphe New yorkais qui avait une crew aux Etats-Unis. Les gens voulaient ce genre de collaboration, c’était hyper en vogue…le métissage… Mais les objectifs que ces gens visaient, politiquement, c’était inaccessible pour nous, au niveau de la pensée, sur tous les plans, on y était pas.

Nath: Et aujourd’hui, est-ce que tu estimes être toujours aussi Libre ?

Walid: C’est difficile… Avec du recul, les années qui se sont écoulées, j’en suis plus à ça… C’est la rupture. Et je ressens une gène face à cet univers là, il y a une incompréhension : pas de vrais dialogues, chacun reste dans ses positions et chacun se conforte dans ça, c’est assez égocentrique.

Nath: Et pour palier à ça, est-ce que tu collabores avec d’autres danseurs pour tenter de garder cette liberté d’esprit ?

Walid: C’est difficile justement. Il n’y a pas longtemps, j’ai collaboré avec une danseuse contemporaine que j’avais rencontré dans la Cie Montalvo, qui est attachée à ce style qu’est le poppin, la discipline que j’ai choisi. Elle s’est pris d’amour aussi pour cette discipline, elle a organisé des stages, a donné des cours, elle a assisté à des évènements et a participé à des battles. Aujourd’hui, elle ne fait que ça. Et on a monté un spectacle qui s’appelle Air Pose qui est passé l’année dernière au Palais de Chaillot, et dans des théâtres pour quelques dates en France. Mais pour moi, c’est compliqué… C’est elle qui a la charge de tout en terme de communication et au niveau administratif. Il faut pouvoir se comporter d’une certaine manière avec ces gens-là, c’est un vrai travail, je respecte. Il y a des gens qui ont cette capacité de pouvoir sortir du personnage et de se mettre en “off”. Moi, je ne peux pas faire ça.

Q.Shost: Maintenant tu as pris conscience que c’est ton travail et tu dois subsister de ce travail. Tu dois équiper ton tableau de bord, il y a peut-être eu du gaspillage…

Walid: Il y a surtout eu des blessures, chacun a sa sensibilité et a un rythme différent pour avancer. Et c’est devenu même un moteur pour moi.

Nath: La danse est devenu un moteur ?

Walid: Oui, et les conflits qui s’y ajoutaient, ça me permettait de me définir et d’être quelqu’un. Quand tu es jeune, souvent avec tes parents, tu fais des choix par opposition et c’est devenu mon mode d’expression. Faire ce qu’on faisait, c’était être en marge, et le fait qu’il y ait ça qui s’y ajoute avec les institutions, le fait de s’affranchir de tout ce conditionnement, c’était jouissif. On passe tous par des chemins, des corners… Et il y a une grande part de ça dans cette culture hip hop; des gens vraiment investit, passionnés, et tu retrouves ce ton là : la Contestation.

Q.Shost: Tu te rappelles de ta première soirée ?

Walid: C’était je crois un truc de caera, perdu à Garges Les Gonesse, avec un lampadère, une lumière rouge, vert, bleu, avec les gens de la cité… ma première scène d’entrainement, c’était Torcy Marne La Vallée.

Q.Shost: Les Wanted sont de là-bas

Walid: Oui, c’est ça. Mais c’était de la galère. Je m’en rappelle la première soirée où j’ai découché, c’était Massy Palaiseau, à l’époque ou De La Soul avait sorti 3 Feet High and Rising, c’était mortel, ambiance hippie, hip hop, afrocentriste. Fin des années 80, il y avait une nouvelle mouvance, le hip hop était abouti.

Q.Shost: Afrocentriste, genre : Public Enemy

Walid: Oui, c’est ça. Le hip hop est né dans les années 80, mais il se cherchait. Fin des années 80/90, c’était l’âge d’or, le hip hop avait son grain.

Début des années 80, c’était encore trop funk, même si les gens rappaient : Grandmaster Flash, DXT, Melle Mel, ces gens-là étaient déjà dans une revendication. Mais il n’y avait pas le côté violent. Ils étaient limite habillés comme dans YMCA, c’était très funkadelic. Le Hip hop des années 80, on écoutait les Bambaataa, de l’électro, de la New Wave, du Depeche Mode… et c’était la rencontre avec Uptown and Downtown. Basquiat, et celui qui faisait des clips…Malcom McLaren. C’était deux mondes, deux univers qui se rencontraient. Et il s’est passé à peu près la même chose à Paris, quand les danseurs allaient s’entrainer dans la salle de Paco Rabanne dans les années 80.

Q.Shost: Hier, on est allé voir une pièce avec Clémentine Célarié : c’est elle qui a mis en lumière Sidney

Walid: Ah, c’est pour ça qu’elle est souvent dans les soirées Chabin. DJ Chabin, c’est le vétéran, avant Dee Nasty, c’est le 1er DJ qui mettait du jazz rock, du jazz funk, du funk super electric, lors des soirées au Bataclan, à l’époque de PCD, qui sont devenus Le Collectif Jeu de Jambes.

Walid (commence à fredonner : “Peace, Unity, Love and Having Fun” ! d’Afrika Bambaataa) Puis : Ce matin, j’ai vu une interview de 20 minutes de Solo, dans un magazine hip hop sur Facebook, je l’ai trouvé terrible ! Du haut de ses 44 piges, je l’ai trouvé super frais. Bonne interview, intéressante.

Q.Shost: Je suis content qu’on se soit recroisé Walid, et je voulais que Nath te rencontre, comme elle cherche à combiner la danse avec le dessin.

Walid: De même… ça fait du bien de se poser…

Nath: Merci pour ce partage

by Nathalietravelart & Q.S. Shostene

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